#23,France

Chère Marianne,

Il y a à peine quelques jours que tu as écrit, et déjà mon esprit semble plus vide que jamais. Le silence est devenu supportable, mais seulement parce que chaque recoin réclame ma voix. Tu te perds dans un désordre sans queue ni tête, cherchant une médiocre réaffirmation à une réponse que tu avais toi-même déjà donnée.

J’accepterais la moquerie si je pouvais au moins en rire avec toi. Je voudrais sentir que je n’ai pas perdu cette part de toi, cette curiosité que tu éveillais toujours en moi. J’essaie d’être indulgent, de te laisser le temps de te lamenter, mais tu restes si froide quand j’essaie d’arracher un sourire.

As-tu vraiment cru qu’il valait la peine de partir? Je ne peux qu’être d’accord avec ta décision, si ton désir est de fuir. Fais-le: traverse les plaines du Rhin, va vers l’ouest, avec un peu de chance tu oublieras ton rôle parmi les gens. Fais-toi plaisir, si cela te console.

À bientôt, Marianne. Tu emporteras avec toi une part de moi, une part que je préfère détruire plutôt que de la laisser entre tes mains.

Sincèrement, M.M.,